''Mon passage à Nantes est gravé en moi''

Alejandro Bedoya

Premier joueur américain à porter le maillot nantais, Alejandro Bedoya (34 ans) a marqué de son empreinte son passage sous la tunique jaune et verte. Passé par le club des bords de l'Erdre entre 2013 et 2016, il s'est très rapidement imposé comme l'un des leaders de l'équipe. Aujourd'hui joueur du Philadelphia Union, il profite de chaque instant en Major League Soccer (MLS). Sa nouvelle vie américaine, son confinement, ses souvenirs, il s'est confié pour notre nouvel épisode de notre série "Que deviens-tu ?". Rencontre.

Bonjour Alejandro, comment toi et tes proches allez-vous ?

Alejandro BEDOYA : "Je vais très bien, merci. Je suis très heureux parce que nous avons repris l'entraînement collectif après deux mois sans pouvoir voir mes coéquipiers et dans l'impossibilité totale de s'entraîner ensemble. C'est une période un peu bizarre, partout dans le monde. J'ai régulièrement suivi les informations. De nombreuses personnes sont décédées, notamment ici aux États-Unis où il y a encore un peu de confusion. Beaucoup de gens sont encore très inquiets. Dans tout ça, j'ai quand même apprécié passer du temps avec ma femme et mes deux enfants. Ça a parfois été dur (rires) mais c'était un vrai bonheur que de faire des jeux avec eux, de s'amuser et d'être ensemble."

Une date de reprise du championnat a-t-elle été fixée car après seulement deux journées, la saison avait été interrompue…

"Oui nous n'avions joué que deux matches. Tous les sports ont dû suspendre leur calendrier. De notre côté, les joueurs, en accord avec la MLS, ont trouvé un arrangement pour une reprise début juillet. Elle s'effectuera sous la forme d’un mini tournoi (8 juillet - 11 août) et se tiendra à Orlando (l’équipe qui remportera la compétition sera qualifiée pour la Ligue des champions de la CONCACAF en 2021, ndlr). J'ai hâte d'y être et j'espère qu'à l'issue de ce rendez-vous, nous pourrons reprendre la saison régulière."

Aujourd'hui, t'Ă©panouis-tu toujours autant en MLS ?

"Oui, bien sûr. C'est super de jouer ici. Mon fils Santino est né à Nantes en 2015 et avec ma femme, nous avons pensé qu'après plus de dix ans en Europe, il était important de se rapprocher nos familles respectives. Sportivement, je n'avais jamais eu la chance d'évoluer dans ce championnat avant de rejoindre Philiadelphia Union. Je n'avais pas connu que le football universitaire et depuis ce jour, tout a beaucoup changé ! La MLS a grandi et a accueilli de très grands joueurs : Henry, Ibrahimovic, Kaka, Pirlo, Giovinco… Plus le temps passe et plus le championnat attire de grands noms."

Le décès de George Floyd a beaucoup fait réagir aux USA mais aussi en France. Tu es quelqu'un de très sensible à tous ces sujets (port d'arme, racisme…) et on imagine que cet épisode ne t'a pas laissé insensible…

"C'est très compliqué d'en parler, honnêtement. J'ai vu qu'en France, il y avait eu de nombreux soutiens envers cet homme. Pour toute personne ayant pu voir la vidéo de l'arrestation, c'est choquant, terrible. Écœurant même. Personne n'a le droit de mourir dans ces conditions-là. Ces abus de pouvoir doivent être sanctionnés. Le racisme ne touche pas seulement les USA. Le monde entier est concerné. Je prends l'exemple du football. Dans beaucoup stades, il y a des gens qui viennent juste pour cracher leur haine envers une communauté. Je pense aujourd'hui que le décès de George Floyd a été celui de trop et que toutes ces personnes présentes dans la rue sont là pour dire : "Assez ! C'en est assez !"."

Le FC Nantes a conclu ton aventure footballistique en Europe. Peut-on dire qu'il s'agit de l'une de tes plus belles expériences, à la fois sur le plan professionnel et humain ?

"Le FC Nantes a représenté tout ce dont je rêvais lorsque j'étais petit. Je voulais devenir footballeur professionnel, jouer dans les meilleurs championnats et en évoluant en Ligue 1, je peux affirmer que c'était quelque chose de formidable ! En France, le championnat est de qualité, avec de très bons joueurs. Peut-être que ce n'est pas aussi suivi que la Premier League, la Bundesliga ou La Liga mais on parle tout de même de l'un des 5 meilleurs championnats de la planète. Avant de venir à Nantes, j'avais regardé sur Google pour me renseigner sur le club. Quand j'ai vu l'Histoire, le palmarès, j'ai tout de suite été attiré."

Comment te sentais-tu dans l'Ă©quipe ?

"Très bien ! Le groupe était formidable et je parle toujours avec certains joueurs comme Olivier Veigneau, Lucas Deaux, Vincent Bessat ou encore Serge Gakpé. Nous nous envoyons régulièrement des messages. Je suis toujours très proche d'Ozwaldo Vizcarrondo et nous avons passé nos vacances ensemble l'an dernier à Miami.
Je suis également très fier de voir le parcours de joueurs comme Jordan Veretout (La Roma) ou encore Valentin Rongier (O. Marseille). Les voir évoluer à un tel niveau, c'est super pour eux !"

Tu as inscrit 14 buts, toutes compétitions confondues en 96 matches avec le FC Nantes. Parmi eux, il y a cette réalisation fantastique sur la pelouse du Paris Saint-Germain (2-1, 6 février 2014)…

"C'était incroyable. À chaque fois que l'on a la chance de jouer face au Paris Saint-Germain, c'est toujours un grand moment. Il y a de très grands joueurs en face et cette formation fait partie des meilleures équipes du monde. Beaucoup de gens sont devant la télé pour suivre ces rencontres.
Je me souviens très bien de ce but, arrivé tôt en première mi-temps (8ème minute). J'ai reçu la balle et dans cette position, j'aurais sûrement tenté de reprendre en première intention. Mais là, j'ai vu que je pouvais avancer un peu et après deux touches de balle, je ne me suis pas posé de question et c'est rentré. Je pouvais difficilement mieux la mettre (rires). Malheureusement, nous avions perdu ce match (2-1). Nous aurions même dû mener 2-0 après le but de Djilobodji mais l'arbitre ne l'a pas accordé, soi-disant pour un accrochage dans la surface… C'est dommage parce qu'à 2-0 en notre faveur, c'était un tout autre match."

Que penses-tu de l'ambiance Ă  La Beaujoire ?

"La Beaujoire reste pour moi, l'un des plus beaux stades où j'ai pu jouer. L'ambiance y est incroyable, la pelouse était superbe. J'ai encore en tête les "descentes" de la tribune Loire lorsqu'on pouvait marquer. J'ai adoré les fans et j'ai pu partager de grandes émotions avec eux."

Tu as été à l'origine du chant de la victoire "I believe that we will win !", chant repris dans les vestiaires mais aussi à La Beaujoire avec l'ensemble du stade ! Comment en es-tu arrivé là ?

"(Il rigole). Ça, c'était fantastique ! Mon premier but avec le FC Nantes est arrivé sur la pelouse d'Ajaccio, en toute fin de partie (10ème journée de L1, saison 2013-2014, 0-1, 88', ndlr). Après le match, tout le monde m'a demandé de faire le cri de la victoire pour fêter ce but et les trois points. J'aurais dû le faire en français mais je ne connaissais rien ! Alors, j'ai repris une chanson que l'on chantait avec la sélection américaine lors des victoires. Les joueurs ont adoré, les supporters aussi."

"J'ai en tête un superbe souvenir lorsque je suis monté, avec mon fils, Santino, sur l'estrade de la tribune Loire. Avec lui, les joueurs et les supporters, nous avons chanté ce chant de la victoire. Quel moment ! C'est gravé en moi à vie et rien que d'en parler, j'en ai encore les frissons."

As-tu aimé la vie à Nantes et même plus généralement, la culture française ?

"Vivre à Nantes, c'était super. C'est une très belle ville, dynamique, d'une grande richesse culturelle et proche de l'océan Atlantique. Avec ma femme, nous aimions également nous rendre à La Rochelle par exemple, ou dans des petits villages encore un peu plus au Sud, le long de l'Atlantique. N'être qu'à 1h30 en train de Paris était aussi quelque chose de très appréciable. Nous avons vraiment profité de chaque instant et nous avons adoré notre passage en France."

Un dernier mot Ă  adresser aux fans des Jaune et Vert ?

"Je voudrais juste leur dire "Merci". Merci d'avoir été à nos côtés, merci pour tout ce qu'ils m'ont apporté. C'est un public passionné, toujours avec son équipe, même à l'extérieur. J'espère vraiment que le Club parviendra à retrouver rapidement l'Europe."

Par M.G